L’ancien président Michel Martelly n’a pas tenu compte de la décision du gouvernement annulant officiellement le carnaval compte tenu des menaces qui pesaient sur les participants dans un contexte de crise au sein de la police et de grand mécontentement national. Martelly et son groupe musical Sweet Micky sont sortis hier au Cap-Haïtien méprisant également l’annonce du comité local du carnaval qui depuis dimanche interdisait toute prestation publique.

Mais le tout-puissant Martelly, l’autoproclamé «bandit légal», n’accorde que peu d’importance à de telles mesures. Celui qui est considéré comme le vrai président d’Haïti sait qu’il peut tout faire «sak pa kontan anbake», reprend-il souvent lors de ses prestations salaces, «Kale dadaw janw vle, peyia se pou wou» lui répondent ses ouailles avec ferveur.

C’est cela Haïti. Un seul homme est capable de défier tout un pays. Martelly peut cracher à la face de la nation, il peut passer en dérision l’autorité publique, la fouler aux pieds, la gifler, et la société, passive, a tendance à en rire de bon cœur. «Il est comme cela, Martelly», diront ses plus fervents supporters. Martelly sait que c’est lui l’autorité. C’est lui l’Etat.

Quand on voit l’arrogance avec laquelle il s’affiche dans les rues s’offrant son bain de foule, on se demande si les charges qui pèsent contre lui sur la gestion des fonds de PetroCaribe ne lui donnent pas plus d’assurance et d’arrogance «Yo paka barem», chante-t-il. Qui pourra le stopper ? En tout cas pas la justice dan ce système qu’il maitrise à distance.

Pendant que le pays doit faire face à une remontée brutale de l’insécurité, pendant que les forces armées du pays s’entretuent, pendant que les membres de la police nationale sont dans les rues pour réclamer un salaire décent et de meilleures conditions de travail, Martelly peut puiser à grandes brassées dans les caisses publiques suffisamment d’argent pour se payer sa sécurité, près de quarante (40) agents de la police nationale lourdement armés rien que pour sa protection.

Au frais de la République, il peut se payer des chambres d’hôtel pour toute la clique qui l’accompagne. 153 personnes. Cela ne vous fait pas rire ? L’argent des taxes que nous versons à l’Etat sert à la bande à Sweet Micky pour son séjour au soleil (20-26 février), pour se la couler douce au bord des plages du nord, pour s’empiffrer de grillades pimentées et d’alcool tandis qu’une partie de la population crève la dalle! Quel pays!

Quel pays ? C’est Haïti. Ce pays qui permet tout, qui accepte tout, où on voit tout, où tout est possible. Même l’impossible, même l’impensable.

Oui, au sommet de son art, Martelly perché sur son char musical lundi soir a nié toutes les interdictions officielles. Lui l’ancien président d’Haïti ! Il a montré qu’il n’avait aucun respect pour aucune des institutions de la République, encore moins pour la Présidence. Il a craché un gros plot aux visages de tous les Haïtiens pour dire que nous (Haïtiens) sommes des êtres méprisables, sans dignité et que sachant cela il peut tout se permettre. Il peut faire à sa guise : «Peyia se pou li» !!! C’est cela le message qu’il a véhiculé en faisant circuler sur les réseaux sociaux les images de son entrée triomphale au Cap-Haïtien et celles de ses exploits au carnaval 2020.

Le message qu’il a voulu faire passer, c’est en fait tout le mépris qu’il professe à l’égard de l’histoire de la ville du Cap-Haïtien (350 ans de la fondation) et à l’égard du Roi Henry Christophe (200 ans de commémoration de la mort). Tout cela ne lui dit rien. Seule importe sa musique vulgaire crasseuse et débile.

C’est cet ancien président que le pays continue de protéger avec les ressources nationales, avec une partie de ses forces de l’ordre !

Jusque dans ses pires excès, tout un bataillon de près de 40 policiers est déployé pour garder le barde national!

Mais nous ne sommes peut-être pas au bout des surprises !

Martelly est capable d’exploits encore plus retentissants. Il sait qu’il est inarrêtable, intouchable. Sur la route de la reconquête de la présidence d’Haïti, il sait pouvoir compter sur des soutiens importants qui sortiront de l’Université, de la bourgeoisie, du patronat, des intellectuels, des historiens, sociologues et autres grands bonnets pourvu que leurs places au pouvoir soient garanties et leurs petits intérêts satisfaits. Ce n’est pas tout. Martelly sait aussi qu’il peut compter sur la fidélité de son peuple (électorat), celui qu’il fait danser chaque année au carnaval. Il connait son peuple, celui qui l’applaudit dans ses gestes les plus excentriques, et qui l’adule pour ses propos les plus insensés.

Quoiqu’il arrive en 2021, il dansera le carnaval à Port-au-Prince avant d’enfiler à nouveau le costume présidentiel en 2022.

Lejuste Edgar
Haïti, février 2020

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